LA LORRAINE ET L'ALSACE
Les deux provinces de l'Est, étalées de part et d'autre des Vosges et que la défaite de 1871 avait ravies à la France, sont devenues, envers et contre l'histoire et la géographie, ['Alsace-Lorraine, pour former un nom composé sans réalité puisque ce sont deux mondes différents, bien clos, bien définis. Leur fausse unité fut celle d'une nostalgie.
La Lorraine, disait Barrés en la regardant du haut de la colline de Sion, « est un pays à la mesure humaine, vaste sans immensité, façonné et souple ». C'est vrai, si on veut bien admettre que ce pays est fait de pays différents : celui des côtes, celui des plaines, celui de la Meuse. Mais sa diversité, en effet, n'en empêche pas l'unité qui a des raisons historiques plus que géographiques. La Lorraine est un pays de passage et d'invasion.
Même le tracé des routes et des autoroutes en porte témoignage. Les guerres aussi.
C'est une vieille querelle entre les Allemands et les Français que cette province, comme l'Alsace, qu'ils se disputent depuis le traité de Verdun. Mais ce ne sont pas les traités, comme on sait, qui font les peuples, et si la Lorraine n'est française que depuis 1648, si elle a été, depuis trois siècles, mise à mal par les conflits, elle n'en est pas moins, depuis longtemps, une terre de langue et de tradition françaises. Après tout, Jeanne d'Arc en fut une des filles. Le XVIIIe siècle lorrain est le grand siècle de la province; les Wendel y installent l'industrie et le beau-père de Louis XV, le roi détrôné de Pologne, Stanislas Leczinsky, y crée une espèce d'Etat idéal, dans le style de celui dont rêvait les despotes éclairés de l'ère de lumière.
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