LA CHAMPAGNE ET L'ARDENNE
La Champagne porte le nom le plus célèbre du monde qui est, au masculin, celui d'un vin pétillant, frais, qui va bien sur toutes les tables, avec tous les mets et qui, sans être, quoiqu'on pense, le meilleur vin de France, apporte un plaisir raffiné par sa délicatesse et son allégresse. La Champagne est si connue qu'elle est devenue un nom commun quand on parle du Champagne de Turquie, d'Australie ou de Californie, ce qui ne peut être qu'un jeu de mots. Mais la célébrité est ainsi faite. A l'étranger, on ignore que la Champagne est aussi, pour une longue histoire, un champ de bataille. Ce vin-là a du sang humain en lui. Ce n'est pas tellement habituel, sinon à la messe. Il est dommage qu'on ne sache pas faire la différence.
La Champagne est diverse et celle de la Côte constitue en fait un monde à part. Il y a une Champagne humide, qui a des forêts, une autre
qu'on appelle crayeuse et qui est une grande plaine étalée entre les Flandres et la Lorraine, Paris et la Bourgogne. Il y a enfin la Côte où sont les vignes.
La forêt, c'est l'Argonne. Elle est immense, envahissante comme une mousse. Les chênes sont partout. On y ramassait encore des glands, au siècle dernier, pour la soupe. Le bois reste une des richesses de la région; on en fait des traverses pour les voies ferrées, des planches aussi pour les parquets. La Champagne crayeuse a été qualifiée de pouilleuse au XVIIIe siècle. C'était le style de l'époque. On accusait ses habitants de ne pas savoir renouveler les modes de culture comme on le faisait ailleurs. C'était peut-être vrai, et l'appellation était-elle peut-être justifiée. Si elle ne l'est plus, elle est restée. C'est un large plateau, avec des vallonnements où les bois succèdent, sur une terre médiocre, à des plantations de betteraves à sucre.
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