LA BOURGOGNE
Pour un peu, la France aurait été bourguignonne et Dijon la capitale, à la place de Paris. La mort du Téméraire et l'astuce politique de Louis XI ont donné, en 1477, un autre courant à l'histoire. On peut rêver et imaginer un pays qui, héritier des ducs bourguignons, aurait ses frontières repoussées jusqu'aux Flandres et jusqu'à la Rhénanie, comme il arriva, un moment, aux meilleures heures de la gloire napoléonienne. Mais il était trop tard, avec l'empereur ; il y a un demi-millénaire, tout était possible, puisque le pays était à faire.
Voilà donc une province qui pèse lourd dans l'histoire. C'est sans doute parce que, dans le découpage de la France, elle a aussi sa personnalité, sa singularité et constitue, à elle seule, dans le rassemblement des autres provinces, un enclos remarquable. Le voyageur qui la traverse le sait : il entre en Bourgogne et il en sort. Il discerne spontanément les limites d'un territoire que le Morvan, au nord, protège, et qui s'ouvre au sud sur la vallée de la Saône et les collines du Lyonnais, que la Loire cerne à l'ouest et qui, vers l'est,
découvre un horizon qui lui valut d'être envahi à maintes reprises, mais aussi de jouer un rôle économique dont l'importance apparaît de plus en plus grande en s'ouvrant aux échanges avec l'Europe du nord et l'Europe centrale. On serait tenté de dire que derrière son bouclier morvandiau, parfois difficile d'accès, la Bourgogne se détourne de la France septentrionale ou occidentale pour s'ouvrir ailleurs. Ce n'est pas tout à fait un hasard s'il y eut, après les invasions burgondes, un royaume bourguignon qui s'étendit jusqu'à la Méditerranée et dont le principal débouché était Marseille.
|