LA BRETAGNE
La mer a fait la Bretagne; elle l'a modelée et sculptée. Elle lui a donné ses angles, ses déchirures, ce découpage en dents de scie que l'on voit, aux heures de marées, où les vagues, en déferlant, continuent avec la même persistance, leur travail acharné d'érosion, leur lent labeur de griffure.
Une tempête qui vient fouetter les roches du Finistère ou des Côtes-du-Nord, est un spectacle fantastique. Cette convulsion des éléments est d'une beauté stupéfiante en même temps que d'un tragique hallucinant. Et tout cela se fait dans le bruit, celui du claquement d'une eau qui n'en finit pas de renouveler ses assauts, celui d'un vent qui la pousse en même temps qu'il arrache l'herbe de la terre.
Oui, la mer a fait la Bretagne; elle lui a donné ce profil pointu comme une proue où alternent les granits gris ou rosés qu'ourlé une écume de dentelle. Les îles échouées au large brisent le flot qui les attaque avec une véhémence forcenée, avec la rage de l'impuissance. Les Sept-Iles de Perros-Guirec, Batz, devant Roscoff, Ouessant, Belle-Ile font le guet devant le rivage comme autant de forteresses dressées face à l'océan. Ce sont de singulières sentinelles de la mer où l'on n'accède plus parfois que par hélicoptère et qui étaient, voilà seulement quelques années, enfermées dans le flux et le reflux des marées qui les assiègent.
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