LES MONTAGNES DU CENTRE
Quiconque traverse la France en diagonale rencontre le Massif Central. C'est la plus ancienne montagne de France, qui fait partie du système hercynien, une sorte de tumulus usé par le temps, râpé par l'érosion qui va des plateaux du Limousin à la vallée du Rhône et du Morvan au seuil de Naurouze, pour former, autour du pays, une épaisse citadelle où, de millénaire en millénaire, les populations menacées par des envahisseurs sont venues se réfugier, certaines d'y trouver l'abri souhaité. Les Alpes, ce sont des vallées où les hommes se sont installés. Il n'y a pas de vallées dans le Massif Central et les hommes vivent sur la montagne. L'altitude moyenne y dépasse les huit cents mètres. Le Puy de Sancy, la plus haute des vieilles montagnes françaises, atteint de près les dix-neuf cents mètres. Vivre dans le Massif Central, c'est vivre haut, dans des conditions difficiles, dans la rudesse d'un climat qui n'a aucun équivalent en France. Les vents d'ouest y apportent, avec la pluie, la neige en hiver, et le froid. On imagine mal ces plateaux autrement que couverts de nuages infinis qui s'en viennent du fond de l'horizon pour donner sa véritable dimension à un paysage de pénéplaine, crevé, par endroits, de cônes volcaniques noirs et fiévreux. Les Puys, le Cantal, l'Au-brac, le Forez, les monts du Lyonnais et du Beaujolais, les Cévennes et le Vivarais confrontent avec violence l'homme et la nature.
Il y avait des hommes dans les montagnes du Centre, voilà un million ou même un million et demi d'années. On n'a pas retrouvé leurs restes, mais on a retrouvé, sous des couches de lave, les outils qu'ils fabriquaient, et même de modestes constructions. Car les volcans étaient alors encore en activité. Un site, comme celui de Soleihac, en Haute-Loire, est une espèce de Pompéi préhistorique et terriblement muette. Mais son langage est celui de la terre, de cette terre bruissante, mouvante, fumante, pleine de fourneaux qui chauffent et qui pétaradent.
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