LA CORSE
Une montagne dans la mer : c'est la Corse. Une montagne dont le parfum se sent du large, celui du maquis, avec le myrte et l'arbousier. Une douceur de climat aussi qu'on ressent aussitôt, et une nature d'une beauté sauvage dont on ne sait trop où est la sauvagerie et où est la beauté. Il y a la mer partout, avec des rochers qu'elle bat ; il y a des golfes si profonds qu'on ne sait plus s'ils font encore partie du domaine marin, et il y a des falaises si escarpées, si déchirées qu'on les dirait sculptées comme des croix. Il y a d'étranges ressemblances entre la chair des vieilles femmes de cette île douloureuse et révoltée et les arêtes infranchissables de son rivage ou les hauteurs de son centre : la même âpreté, la même vigueur, la même aridité, une identique sculpture des formes, comme si entre le sol et celui qui l'habite se créait, dans l'anatomie de la chair ou de la terre, une similitude qui n'est pas seulement faite de chair, mais où l'esprit a aussi sa part.
Le Corse tient une place à part dans le folklore français, comme le Marseillais, l'Auvergnat, le Parisien et quelques autres. Ce n'est pas sans raisons, même si les raisons sont mauvaises. Il y a des peuples qui se reconnaissent entre mille. Il est habituel de les caricaturer ; on caricature le Corse. Il vaut mieux que cette image abusive puisqu'il est à l'image de sa terre, fier, courageux et accueillant sous des dehors austères.
Il faut s'être arrêté, au hasard des routes, dans des villages de la montagne, sous le soleil de l'été ou sous les rafales de neige, avant Pâques, avoir erré sans but dans les ruelles d'un village inconnu, avoir conversé un peu avec quelqu'un, sur n'importe quoi, comme on parle pour le plaisir de parler, pour comprendre que le Corse et son île se ressemblent, moralement, physiquement et font cause commune entre eux. Ils sont de la même chair parce qu'ils sont du même roc.
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