MADERE
Dans le grand tourbillon des nuages et des vents, des pics de lave et des embruns, à mille kilomètres des côtes d'Algarve, mais à guère plus d'une heure d'avion de Lisbonne, Madère, tard découverte (1420) par les émissaires d'Henri le Navigateur, continue de bouillir en son marasme de basaltes et de porphyres. L'Atlantide peut-être... La peur s'empara des premiers arrivants. Mais le royal Infant possédait, par la trouvaille, un embryon de réponse à l'hallucinante question que se posait l'Europe encore médiévale. Christophe Colomb, 70 ans plus tard, ne devait-il pas faire étape ici pour le compte des marchands de sucre portugais et, ayant épousé la fille d'un des premiers gouverneurs, y étudier l'astronomie, prélude au programme de découvertes qu'il proposerait aux souverains cupides ?
L'histoire de Madère ne narre qu'une épopée, qui se poursuit sous nos yeux : la conquête de l'espace, la colonisation du sol, la possession de la montagne. Au XVe siècle, l'aventure du grand vaisseau perdu dans les tempêtes, à trois semaines de nef de Sagrès, entrait dans la légende. Y débarquèrent les pauvres hères des provinces les plus déshéritées de l'Europe méridionale, quelques soldats, des esclaves, plus tard des Noirs de Guinée et, comme aux Açores, de blonds Flamands. A de bien rares exceptions près, ce monde ne savait ni lire, ni écrire, ni comprendre. Et l'île, peuplée seulement d'oiseaux et de serpents, était inhabitable. Une dense toison de bois — a madeira — couvrait ses reliefs jusqu'aux courtes grèves de galets, jusqu'à la corne
des falaises noires de lave. On y mit le feu. Sept années durant, un brasier gigantesque s'en empara. A la porte du premier établissement historique occupé par Zarco (moine-soldat de Tomar, chef des expéditions), Câmara de Lobos (la chambre des loups de mer), une étroite et profonde vallée servit de refuge aux hommes affolés : la ribeira dos Socorridos (des rescapés) au pied des pics géants. Tel est le décor des épreuves qui exigeait le courage, la patience de l'occupation d'un univers qu'on fleurira à foison.
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